Publié par : lavilleforaine | septembre 27, 2009

Chronique revue Territoires

Chronique « Art et Culture » parue dans la revue Territoires, octobre 2009, n°501, mensuel de la démocratie locale

Quand advient la ville foraine
Par Maud Le Floc’h, pOlau-pôle des arts urbains

Le terme « forain » surgit dans le vocabulaire consacré à la ville et au territoire. A la ville pérenne viendrait se mêler la « ville foraine » ? Nous n’y voyons pas qu’un concept-oxymore de plus, mais, un signe des temps. Le « forain » est porteur d’un rapport au monde  très actuel qui mixe flexibilité, itinérance, provisoire, système D, altérité, sensoriel, plaisir, et extra-ordinaire.

Aussi le « forain » appliqué à l’urbain bouleverse le « faire la ville »:

– La baraque, le chapiteau, l’équipement temporaire, sont désormais des formules architecturales vives (à voir notamment les réalisations de Patrick Bouchain à Calais, Saint Denis, Roubaix mais aussi les Maisons Folie de Lille 2004) ;
– La haute modularité des projets urbains induit la création de nouveaux outils d’aménagement (cf le Plan Guide de l’Ile de Nantes proposé par Alexandre Chemetoff) ;- Le nomadisme moderne est travaillé activement par les acteurs urbains (cadencement, hub…) ;
– La ville-attraction est suggérée comme signature d’un territoire (Paris plage, Quais de Bordeaux, les machines de l’Ile à Nantes) ;
– La ville nocturne intéresse le politique au regard de l’évolution des pratiques (Nuits blanches, opérations commerciales nocturnes) ;
– La perturbation s’érige en contrepoint au tout réglementaire et s’invite dans le débat urbain (festivals urbains – Metropolis à Copenhague) ;
– La ville des sens devient une valeur ajoutée (des modes de déplacement scénographiés au design sensoriel), etc.

Cette veine montante est activée par différents courants, économique en l’occurrence, et produit autant de nouvelles agilités que de nouvelles ségrégations (précarité, déviance…. Elle est aussi, plus subtilement, énoncée par des acteurs artistiques qui savent se saisir de l’espace public pour quelques jours, quelques mois ;  pour une adresse publique qui se déploie puis se replie ; par des talents qui contournent l’interdit et jouent dans les délaissés (urbains ou administratifs) ; par des fabricants de sens.

Le forain combine des valeurs et des formes hétéroclites,
Le forain pratique le jour, la nuit,
Le forain arnaque et bonimente pour le plus grand plaisir de tous,
Le forain mêle excès, excitation et expérimentation du corps,
Le forain apparaît puis disparaît.

Aujourd’hui, il donne naissance à de nouveaux concepts qui émergent dans les travaux urbains, et par exemple les notions de « ludification[1] », de « foranité[2] », de « ville malléable[3] »…
Le forain serait-il un brin de réponse à la complexité ?


[1] Cf les travaux de Sonia Lavadinho, collaboratrice scientifique à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), et Yves Winkin, professeur à l’École normale supérieure lettres et sciences humaines de Lyon,

[2] Séminaire la Ville foraine #1 – Pôle des arts urbains, Michel Crespin, fondateur du festival d’Aurillac

[3] Luc Gwiazdzinski, in Futur 2.0 (col.), FYP Editions, 2007, pp. 54-57.

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