La Ville Foraine #1

La Ville Foraine 2006

Le 1er décembre 2006, la Compagnie Off – pOlau, pôle des arts urbains, accueillait «La Ville Foraine », journée intellofestive en plusieurs temps, proposant conférences et débats, un lancement OFFiciel du Temps des Arts de la Rue, et une célébration en propositions artistiques et festivités des 20 Ans de la Compagnie Off. 2000 personnes sur la journée, de nombreuses personnalités du monde artistique et politique, et une fête inoubliable jusqu’au petit matin…

La Ville Foraine : Un Bilan
Maud LE FLOC’H

La « Ville foraine »  c’est le constat actuel des villes qui tourneboulent, qui mutent en espèces voyantes, clinquantes, en villes bonimenteuses ou en villes polysensorielles qui, face aux durcissements de la ville fonctionnelle et réglementaire, développent des stratégies d’assouplissement dans leurs constructions (développement d’aménagements éphémères), dans leurs fonctionnements (nouveaux horaires d’ouverture des services publics). Pour autant, les paradoxes sont légion. Les villes s’inquiètent de plus en plus de la question de la mobilité (bureaux des temps et de la mobilité) mais continuent à rejeter les populations nomades. Elles n’ont cesse de rechercher du sens, de l’identité tout en façonnant des espaces qui ressemblent à des parcs à thèmes…

En termes d’urbanisme, de communication, de politique touristique voire d’usages, les caractères du forain s’introduisent à l’échelle de la cité. Les caractères, plus que les valeurs .
L’introduction du sens, de sensations, de ludique, répondent-elles ou produisent-elles du déboussolement ambiant?
Avec ce que nous appelons la ville foraine, il semblerait que, d’un côté, les villes se décontractent, et que d’un autre, elles se rétractent en villes artéfact.

Certains artistes coutumiers du phénomène forain, notamment les arts de la rue, pour l’avoir réinterprété dans leurs propres pratiques de création, sont les confidents, voire les excitants de cette tendance. Ils en ont une écoute singulière et perçoivent ce phénomène comme source d’invention autant que danger potentiel.

Réflexion et invités, séminaire préparatoire
A partir de ces questionnements chercheurs, philosophes, géographes, artistes, organisateurs de festivals, ont échangé leurs points de vue sur le sujet lors d’un séminaire préparatoire, le 30 novembre, co-animé par Maud le floc’h et Luc Gwiazdzinski (géographe, enseignant-chercheur). Un balayage d’exemples a permis de faire le point sur cette notion de ville foraine.

Bernard AGHINA, Architecte, Strasbourg
Jacques BEAUMONT, Directeur Laboratoire Transports & Environnement à l’INRETS
Pierre BONGIOVANNI, Créateur et concepteur multimédia, fondateur du CICV
Michel CRESPIN, Fondateur du Festival d’Aurillac et de Lieux Publics, initiateur de la FaiAR Jean-Paul DOLLE, Philosophe, écrivain et enseignant
Christian DUPAVILLON, Architecte et scénographe
Marcel FREYDEFONT, Responsable du Département de Scénologie à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes
Luc GWIAZDZINSKI, Géographe, enseignant-chercheur, Strasbourg
Joël HENRY, Créateur du LATOUREX (Laboratoire de Tourisme Expérimental)
Stéphane JUGUET, Anthropologue, Paris
Maud LE FLOC’H, Urbaniste et directrice associée Cie Off/pOlau, Tours
Philippe FRESLON, Fondateur et Directeur artistique de la Compagnie Off
Françoise POTIER, Directrice de recherches au Laboratoire Ville, Mobilité, Transport à l’INRETS
Jean-Marie SONGY, Directeur du festival d’Aurillac
Jacques BENZAKOUN, Journaliste
Pascale CANIVET, Coordinatrice générale Fédération des Arts de la Rue
Karine GLOANEC MAURIN, Culture et Relations Internationales, Conseillère auprès du Président, Région Centre
Adrien GUILLOT, Chef de projet Arts de la Rue – transformation de l’espace public
Mathieu THOUVENIN, Conseiller municipal, Président Compagnie Off/pOlau
Gaétane LAMARCHE VADEL, Enseignante – Chercheuse, Ecole nationale supérieure d’Art de Dijon
Pascal HILD, Directeur de la Communication à La Poste, Tours
Alain HUET, Architecte-Urbaniste, Projet Urbain – P.L.U. à l’Agence d’Urbanisme de Tour
Malte MARTIN, Scéno-graphiste et Designer Urbain
Stéphane LEMOINE, Architecte et Directeur de l’Agence Architecture et Paysage °5
Dominique TRICHET, Directeur de la FaiAR (Formation Avancée et Itinérante des Arts de la Rue)
Patrice WOLF, Directeur du développement SNCF, Région Centre
Patrice PAPELARD, Les Invites à Villeurbanne

Exemples d’expression de la « foranité »*
La ville foraine c’est aussi des équipements réalisés à l’occasion des expositions universelles tel que le téléphérique à Séville, le développement de cheminement piéton grande vitesse (tapis mécanique de Montparnasse), la proposition d’ascenseurs urbains pour voir la ville de haut (Graz, Autriche), etc.

Parmi les relevés des observations de la ville foraine, on note à Tours une veine foraine, à partir de petits signes de la vie ordinaire. Par exemple, le manège des plantations transportées sur fenwicks par les services techniques, ou encore l’apparition de temps et de lieux éphémères, tel que la guinguette de ‘Tours sur Loire’ (inspirée de Paris Plage), ou encore la création de la page-utopie urbaine “Qu’en feriez vous” dans la Nouvelle République, le quotidien régional.

Philippe Freslon imagine des constructions de passerelles IPN aux abords du Pont Wilson sur la Loire, ou encore l’idée-fantasme de fermer le pont Mirabeau les dimanches des mois d’hiver et de transformer la montée en piste de glisse  à l’aide de canons à neige.

20 ans de spectacles, de créations, de résidences néo-foraines
« La ville foraine » est le thème choisi pour donner lecture de la trajectoire de la Compagnie Off, compagnie des arts de la rue, fondée par Philippe Freslon, implantée à Tours et qui vient de célébrer son 20e anniversaire.

« La ville foraine » c’est également l’émergence du pOlau, le pôle des arts
urbains né de la compagnie, qui accueille des artistes en résidence sur le
thème l’art et le lieu, l’art et l’espace public, et qui organise des
croisements entre concepteurs artistiques et aménageurs, programme les arts urbains et les arts de la rue à l’occasion du festival ‘Rayons Frais’, une plateforme ressource pour ceux qui font la ville

« La ville foraine » c’est  la rencontre du saltimbanque et de
l’urbaniste, du sceptre et de la marotte, un prisme qui permet d’observer la ville dans tous ses états, ses volte faces, ses artifices, ses hypnoses, ses nouvelles baraques, ses usages décalés, ses services et ses innovations défiant le temps et l’espace.

« La ville foraine » c’est comme si la ville retombait en enfance par bribes, peut être pour échapper à la ville-adulte qui raisonne ou à la ville-parent qui interdit.

Un 1er décembre, sous le signe de l’urbain-forain
“La ville foraine” en actes, c’est, le 1er décembre,  22 équipes artistiques (artistes ou compagnies) qui ont investi le lieu industriel d’implantation de la Compagnie Off-pOlau, et l’ont utilisé comme une micro ville. Avec ses circulations, ses carrefours et ses lieux de culte.

22 propositions qui pendant toute une soirée ont créé une déraison, une
contre-ville, une ville tête à l’envers, cul par-dessus tête, pratiquée par 2000 visiteurs.

“La ville foraine” a été l’occasion pour la Compagnie Off de présenter des extraits de sa dernière création “Désert de piste”, qui met en scène un morceau de ville. Désertification d’un espace urbain, ensablement progressif et enlisement d’immobil’homes  au sein desquels évoluent des créatures en manque d’air.

Les artistes oeuvriers des attractions
Du saut de l’ange dans la grande nef, à la caravane de massage ambiance
Delicatessen, des chorégraphies géographiques&culinaires, des tours gratuits en Mercedes dans la zone industrielle au son d’un autoradio sur fréquence éphémère radio Bert’off 106.3, un bibliodrome de lectures de textes érotiques dans un centre mobile de transfusion sanguine, une broyeuse de chocolat, un DJ mixant vinyles et galettes bretonnes…

Le folklore forain a été réinventé, réinterprété par des performeurs tenanciers de vrais-faux manèges, ou activateurs de sas de compression-décompression dans le lieu.

C.R.S. (Comité de Réinsertion Culturelle), Performance – Robot (Extrait), Compagnie Mutation Urbaine (Tours). ¬ DESERT DE PISTE, Installation urbaine / Performance humaine (extraits) – Compagnie Off
EN COULISSES, Exposition Photographique d’Anhcé (Tours).
ESCALE EN 20 ANS DE PHOTOS, Exposition Photographique, Cie Escale
JOYEUX ANNIVERSAIRE, Performance, Compagnie Rym & Cie.
LA CARAVANE PARLANTE, Xavier Bertolat (Tours).
LA BROYEUSE DE CHOCOLAT (extrait de « EXPLOSITION »), Brayses (St Jean de Braye).
LES LOUCHES FILANTES, Performance, Compagnie Foux Feurieux (Tours).
L’OISEAU BLEU, Arnaud Aymard (Tours).
LUPANAR, Lectures X, Camion de Transfusion Sanguine, Jean-Pierre Davernon, Chorège cie (Tours)
MISSION REPERAGE(S) Présentation du Livre dirigé par Maud Le Floc’h (Tours). Entretemps , Lieux Publics et pOlau.
REBOUTERIE – POUSSEURS D’OS Performance Kinésithérapeute de Jean-Christophe Bonnin & Patrick Riocreux
OZONE – Sewing performance, Performance de couture de Virgina Vulv, avec Bobolita Pancha et Wu (Tours).
SAUT PENDULAIRE, Association Art’Air, Alexandre Aublé.
TEMOINS & FABULATOIRE CONSTELLATIONS, Installations plastiques d’Elyse Galiano (Tours).
THE BEGINING OF Performance de Raphaël Dupin, Olivier Dohin & Cécilia Ribault (Tours).
VARIATIONS, Présentation du Projet urbain de Lena (Tours).
PROCESSOR TOURNESOL + guests
DJ KEKE + guests
DJ GALETTES
TRIBANN DST.

Jean Germain, ou le numéro forain d’un maire avant décollage
Le maire de Tours s’est piqué au jeu, puisque l’espace de quelques minutes, il a offert un contre-discours, reprenant les mots et les propos d’un Jean Royer au sujet de la décadence de certains artistes, de fiefs communistes, et de fameux barrages… (mot qu’on ne prononce plus à Tours !). Quand le politique propose un contre propos, ne devient-il pas forain de lui même ?

Lancement Off-iciel du Temps des arts de la rue
Ce 20e anniversaire a été également l’occasion de lancer Off-icielement le
Temps des arts de la rue, opération nationale lancée par le ministère de la
Culture depuis 2005. Ce T.A.R, vise à structurer les initiatives issues du monde des arts de la rue. En labellisant des lieux de création, en inventant de nouveaux dispositifs d’aide à l’écriture artistique liée à l’espace public, en aidant les compagnies dans leurs développements.

C’est ainsi que le maire de Tours et président d’agglomération, en présence d’Yves Deschamps, président du comité National du T.A.R., de représentants du ministère de la culture, de la DRAC, de la région Centre a annoncé l’achat par l’agglomération du lieu actuellement occupé par la Compagnie Off-pOlau pour y développer ses activités de création, de recherche et de croisements. Une annonce assortie d’autres mesures (notamment pour le projet 244), qui pourraient signifier un nouvel élan en matière de politique en faveur des arts urbains et des arts de la rue à Tours et agglomération.

Arnaque ou boniment ? Toujours est-il que le public, comme à la fête foraine était complice.

Vertiges à suivre…

* selon le néologisme de Michel Crespin

Maud LE FLOC’H
7 décembre 2006


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